PICO FALSO, SCULPTER LES NUAGES

« Je suis, du jeu, le fou, l’atout le plus élevé,
je remplace n’importe quelle carte »

PICO FALSO

 

À mesure qu’elle se déploie, l’œuvre de Jean-Diego Membrive révèle son origine.
Il y a déjà plusieurs années que l’artiste creuse – comme l’archéologue la terre, ou le philosophe son concept – et fait advenir, strate après strate, un monde merveilleux.

On en connaît désormais les contours.
Les mers d’argent, et les rivages dorés.
La courbe des nuages, et celle de ses nuées.
La flore enveloppante, la faune complice, l’humeur de pique, de trèfle, de cœur ou de carreau de ceux qui peuplent ses châteaux de cartes.
Entre les rois, les reines et leurs valets… voici celui autour duquel tout s’articule.
Par lequel tout commence ?

Épicentre. Pièce maîtresse. Pico Falso : c’est de la légèreté.
De la malice, de l’insolence, du rêve au kilomètre.
De l’aventure à n’en plus finir.
De la joie.

Jongleur d’étoiles, porteur de graal, il est lutteur, poseur, séducteur !
Multiple, Pico Falso est un corps, donc un mouvement.
L’énergie d’un débordement vital.
Un surgissement, une échappée, une traversée.
…une quête ? 

Puissant dans ses aplats.
Viril, mais gracieux.
Sexué.
Pico Falso « se » joue.

Œil.
Il sait qu’on le regarde ; et qu’à travers son œil, ce monde se donne à voir.

Qui est cet homme oiseau ?
Car plume et bec – ou chapeau clown –, Pico Falso avance masqué.
Un capirote protège l’homme qui se cherche.

 Présence archaïque, première, l’homme de l’origine est un trait d’union entre la Nature et la Culture, qui gagne sa liberté en enchantant le vivant.
La densité de l’aventure est si grande, qu’elle en fracture les formats.
Les disperse dans l’espace. Les éclate.
Big Bang plastique ?
L’image résiste encore. Mais comme la pellicule d’une projection qui s’affole, elle donne à cet attrapeur d’étoile plus de bras qu’il n’en faut.

S’il y a, dans le mouvement de l’œuvre de Jean-Diego Membrive, une part de nostalgie – le désir d’un retour vers le pays natal –, il y a surtout de l’optimisme en la beauté.
En ses vertus rédemptrices, réparatrices.
Une foi indéfectible dans sa capacité de re-passionner la vie.

Jérôme Buisson, historien de l’art